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Kawaï Island, 10 avril 1950
C' est à croire qu' un truc pas bien me poursuivait.
J' en étais à me dire qu' il devait bien y avoir une explication, que je PAYAIS en quelque sorte, l' addition que me présentait mon petit Enfer personnel...
Tout au dessus de l' ile planait depuis mon arrivée, un drôle de nuage noir qu on a appelé "rumeur".
J' avais l' impression vive que j' arrivais trop tard , que Kawaï vivait ses derniers jours "vrais", avant de tourner, Elle aussi, une page ...
Le Vieux, quelques jours avant notre départ, m' avais parlé de son île, comme un illuminé, de sa voix profonde et douce, il tissait son récit d' anecdotes variées et j' en conclu alors qu' on partait pour le Paradis, Lui et sa carcasse fatiguée, moi et ma carlingue amochée ... deux abrutis dans les Airs, accrochés au 300°, usant nos yeux de fous sur la ligne d' horizon ... hm, je me suis perdu mille fois dans mes pensées, lors de la Grande Traversée.
Une question tournoyait cependant dans cette abandon total et aveugle, dans cette rémission au lendemain : le Vieux disait toujours que s' il revoyait Kawaï un jour, ce serait pour y accomplir sa dernière tâche, un truc comme ça, mais son discours dans ces moments était empreint d' une grande solennité, il y croyait .
C' est vrai que j' ai été peiné de sa disparition soudaine, de voir sa longue silhouette disparaitre dans la jungle, ça m'a fait un pincement au coeur.
Mais j' avais ma place à faire puisqu' on y était arrivé, valider mes licences à la Compagnie, faire mon trou, m' implanter .
En matière de Paradis, le Vieux ne m' avait pas menti.
Et chaque jour je regarde autour de moi, cette végétation folle, et l' Océan toujours, aux teintes selon le Ciel, ces odeurs partout qui tournent les sens et font croire un peu plus à cette idée Edéènne.
Mais les temps changent, même à l' abri du-Monde-de-derrière-la-Mer, les courants de pensées sont plus forts que ceux qui entourent l' île, et ceux là n' amènent rien de bon car ils déchirent les gens en aiguisant leur peur.
Dans tout ce que m' a dit le Vieux, je sais ce qu' il me dirait aujourd' hui sur cette agitation, j' entend même sa voix sur les mots que j' imagine ...... " Tu vois, Gamin, ça recommence : c' est un endroit trop beau pour prétendre à le rester, et déjà les Requins sont là "
Je n' étais là que depuis peu, mais déjà le C.I.P. m' apparaissait comme une chose laide et repoussante le Pouvoir de l' Argent, ces simples mots m' ont toujours foutu hors de moi.
Et puis j' avais pris le temps d' observer les Gens d' ici.
Je m' étais fait ma petite idée sur leur attachement à l' île, c' était une chose profonde et saine, ancrée depuis plus d un siècle dans les générations Kawaiennes, une sorte de vénération, cette même croyance en l' avenir qu on retrouve chez les populations opprimées.
Leur culture, leur tradition, tout repose sur cette même valeur : la Liberté. Et c' est ce qu' on essaye de leur enlever, en laissant les Requins et leurs avions noirs prendre le contrôle du Ciel.
Ici personne ne croit que les Vieux Sages ont pu laisser faire cela...
J' ai froissé violemment l' exemplaire du Trivial qui alimentait l' angoisse insulaire, et j' ai pris ma décision : j' allais à mon tour, entrer en résistance ...
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l'arrivée