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Suis arrivé plus tôt que prévu ... Arrivais pas à fermer l' oeil.
Et puis ça faisait déjà 3 jours que mon Dauntless était plus que prêt,alors ...
Ce qui m' a le plus étonné, c' est que j' ai réalisé que j' étais déjà parti, plusieurs minutes après que les petites lumières des hangars se soient éteintes dans la nuit.
Je tenais plus sur Pearl.
Je supporte plus ce coin, son port me donne la nausée et ses docks me rendent dingues... et puis tous ces fantômes qui y trainent ... non vraiment, je devenais fou ici .
Alors j' ai bouclé mon sac, j' ai déposé la clef de ma chambre près du type endormi dérrière le bureau à cylindre, et j' ai chopé dans une de mes poches, mon paquet de cartes à jouer.
J' ai attrapé , toujours à la même place, la bouteille de Smirnoff à peine entamée , puis j' ai déposé le paquet de cartes dans le rond humide laissé sur le plateau.
Le type qui ronflait comprendrait que je lui faisait cadeau des 120 $ qu il me devait encore, à ce prix là, sa bouteille était au prix de l' or.
Je suis monté tout droit, vers le delta, le traffic ce soir était quasi nul. J' ai apperçu les feux de position des navires qui attendaient le jour pour entrer dans la passe, cela ma valut quelques images de plus, se superposant à ma réalité.
Cela ne fait pas si longtemps, mes Amis, qui mieux que Vous peut le comprendre ? Pas si longtemps que nos ailes échappaient au feu, que nos envols se faisaient vers un ciel chargé de fer, et de mort ... et cela chaque jour ...
Est-ce possible que nous ayons réèllement connu cela ? Où est-ce notre mémoire qui joue avec les couleurs ?
Comment à t' on pu échouer ici ?
J' ai écouté ce vieux, dans un bouge d' Alvaredo Str., son histoire d' épopée, et de Terre Oubliée ... et sa Bon Dieu de Foutue île dont il ne cessait de me casser les oreilles ....
Rien à faire, toujours à l' heure où je commence à regarder le monde autour de moi, à gueuler au dessus des tables aussi fort que le ramassis de pirates qui peuple l' endroit, à cette heure où je braille pour qu' on m' apporte une autre bouteille, y' a ce vieux qui se pointe et s' assoit devant moi, et c' est toujours pareil :
- ça à l' air d' aller, hein, gamin ?
- ouais le Vieux, ça roule ! Quand ça vole plus ... ça roule !
- tu vas pas te plaindre, tu as personne qui te met un flingue sur la tempe et t' oblige à rester dans ce coin.
- naaannn... tu comprends rien, le Vieux... j'peux pu bouger d' ici ! tu vois ?!?... après tout le BORDEL qu' y a eu dans le coin, c est comme si tout c' etait arreté, stop ! Out ! ... ? J' peux pas enlever ça d' ma tête, c' est Là ... ça partira plus.
- mais cela appartient au passé, tu ne peux rien y changer de t...
- MAIS J' SAIS BIEN QUE J' PEUX RIEN Y FAIRE !!! PUTAIN, KESSKE TU CROIS ???!!!??? J' SUIS MEME PLUS CAPABLE D' ALLER REGARDER MON ZINC DANS SON HANGAR ! Putain ....Merde !..
Souvent c' était le Vieux qui me ramenait. Je le savais par le gosse du gérant - " Le Vieux Singe très vieux, mais encore très Fort ! "
Il me trainait dans les rues sales jusqu' à la porte de l' hotel et j' ai souvent senti une main soutenant mon front quand je vomissais douloureusement contre les murs de ces nuits infernales...
Un jour j' ai lu dans un journal qu' un stock d' appareils ayant dépassé le seuil critique en heures de vol en combat, allaient être
détruits. L' article était illustré d' une photographie montrant des appareils fatigués entreposés sous un hangar.
J' ai bien reconnu le "22"... je l' avais entièrement retapé, emmerdant les mécanos tous les jours pendant des mois... je l' avais pas laissé tombé, mon copain, putain non... et comme on nous laissait trainer un peu comme on voulait sur les Bases ... je l' avais bichonné, le Pépère.
Mais là, ça puait la fin...
Je me suis demmerdé comme un beau Diable, et j' ai vidé mon compte. Je me suis fait envoyer de l' argent d' Europe et le notaire doit encore s' en frotter les mains... mais je m' en foutais, il me fallait ce fric rapidement, et surtout qu on n' en parle plus.
Le "22" a changé de hangar, je l' ai roulé au bout d' une piste de fret fermée depuis longtemps, j' ai fait deux vols et puis j' ai raccroché.
Trop d' images.
Putain d' endroit.
Quand le Vieux m' a ramassé cette nuit là, il ne m' a pas ramené à l' hotel, mais il m' a chargé dans un camion qui est parti vers les montagnes.
Je me suis réveillé à l' aube, l' air etait vif et les brumes entouraient le sommet ; le Vieux avait fait du café et me dit en me tendant une tasse :
- tu vois Gamin, je suis à un âge où la vie me soumet encore à un choix : celui de montrer le chemin à un autre, ou pas.
Aujourd' hui j' ai décidé. Et c' est pour cela que je t' ai emmené ici.
Il sortit alors d' un sac un journal, qu' il me lança.
- tiens, lis ça.
- Attends, le Vieux, tu m' as pas trainé jusqu' ici pour que je lises un JOURNAL ???!!!
Dans la Page des petites annonces, l' une d' entre elles était entourée.
- qu' est-ce que c' est qu' ce cirque ? ... putain, c' est quoi ce bordel, le Vieux ??!!
- c' est ta dernière chance, Gamin. Là où tu tombes, je ne pourrais plus rien faire pour toi : c' est le TEMPS qui te rattrape, et tu le sais.
- Arrêtes tes conneries ... et attends voir... Kauai Island ! La v' là encore TA PUTAIN D' ÎLE !!!! J' me disais aussi, qu' j' avais lu trop vite, AH AH AH, espèce de vieux FOU !!! ET TU CROIS QUE JE VAIS MARCHER DANS TON REVE ?????
J' étais comme un dingue, dressé dans ma folie, debout dans les premiers rayons du soleil qui giclaient un peu partout, nettoyant des tissus de nuit sur les flancs des collines, allumant des feux de lumières mauves dans les nuages épars ...
Je me tenais là, ma tête explosant de tant de verres d' alcool, de tant de verres, de tant .... et je pleurais dans cette Lumière, je pleurais sur ma vérité.
- MAIS ELLE est OU, TA PUTAIN D' îlE ????!!!!! réussi-je à brailler
Le Vieux ne m' avait pas quitté des yeux, et sa voix douce filtra en même temps que je lisais sur ses lèvres, dans un murmure, tout bas :
- Derrière toi, Gamin.
Je sus EXACTEMENT au moment même où je l'a vis, que ma vie venait de prendre un 90° vers ailleurs ...
Les brumes s' enchevêtraient encore, comme se disputant des morceaux de terre, et déjà l' océan laissait entrevoir son immensité, se faufilant par plaques entre les nuages du jour et les vapeurs du matin ...
Et c' est au Loin, encore plus loin que loin, qu' on pouvait l' appercevoir
Se détachant comme une ombre dans une promesse du Ciel, un mirage de Terre au bout d' une lumière naissante, j' eus le temps dans cette magie des heures d' y voir ma Survie, posée comme un Appel.
Je regarde la nuit derrière les hautes fenètres d' un batiment bien gris, et je contemple le "22" qui attend, fier et tranquille.
Il a belle allure.
Je laisse derrière moi ces images d' épouvante, ces horreurs, toute cette mort.
Je n' emporte rien d' autre que cette vision-d'au-bout-du-Monde.
ah si ...!
J' emmène le Vieux.
Capt.Jim
Oahu International,
22 marts 1950
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la resistance